Santé de reproduction : Contraception, science, morale, éthique…regards croisés
Parler de la contraception n’est plus aujourd’hui tabou. Ses méthodes traditionnelles et modernes sont si nombreuses qu’il faut plutôt parler de choix. Ce choix qui doit être assumé par les couples pose en réalité la problématique de l’éthique et de la morale devant les prouesses de la médecine de la santé de reproduction. Les avis divergent sur les méthodes contraceptives. Le débat n’est pas nouveau, mais il est encore nécessaire d’explorer l’univers de la reproduction objet d’enjeux, de dogmes religieux et où la certitude et l’incertitude ne sont jamais loin. De la patiente à l’homme d’église en passant par le philosophe-éthicien et le médecin, voici les avis sur les méthodes contraceptives.
Le 26 septembre de chaque année est consacré à la contraception qui désigne l’emploi de moyens visant à empêcher qu’un rapport sexuel entraîne une grossesse automatiquement et s’inscrit dans la stratégie de contrôle des naissances ou de planification familiale. L’Association togolaise pour le bien-être familial (ATBEF) est l’un des lieux indiqués pour bénéficier de ces soins contraceptifs. Il était 9h ce jour-là ; sur le lieu, plusieurs femmes, certaines avec leur nouveau-né sont présentes. Parmi elles, certaines venues s’enquérir des informations relatives à la contraception avant de prendre une décision définitive ; d’autres sous le régime contraceptif répondent au rendez-vous du docteur pour un suivi. Dans la foulée se faisaient entendre des échanges de quelques-unes sur l’usage des implants.

« J’ai eu à faire l’implant après ma maternité ; mais après j’ai fini par remarquer que je prenais trop de poids et j’avais des migraines très récurrentes. N’arrivant plus à supporter cela, j’ai dû l’enlever avant le délai fixé pour retrouver mon état normal », confie Ella, une jeune mère. Cette jeune femme en question, selon Dr Bingo M’Bortche, gynécologue-obstétricien, également chef division médicale de l’ATBEF, n’encourt pourtant aucun risque majeur. « Les méthodes contraceptives sont applicables à toute personne sexuellement active et n’ont aucun inconvénient », affirme-t-il.

Toutefois, le médecin relativise. « Elles ne présentent que chez certaines des effets secondaires comme des maux de tête dès le début, les douleurs de sein, chez d’autres, l’absence des règles ». Mais, il rassure tout de même. « Sur le plan national, nous sommes dans un processus de repositionnement de la planification familiale. La qualité, la sécurité, la tolérance, la réversibilité sont des qualités qui sont reconnues aux différentes méthodes contraceptives. L’essentiel est d’assumer une sexualité responsable. Il faut prendre conscience de la situation et prendre des mesures pour éviter des grossesses indésirées », souligne Dr Bingo M’Bortche.

Sur le cas des menstrues, il explique les préjugés qui les entourent: « les règles ne sont pas de vieux sangs stockés dans l’organisme, comme l’aurait pensé bon nombre, dont l’écoulement est considéré comme une purification de l’organisme. Quand le processus qui va entrainer l’ovulation est bloqué, les règles ne peuvent pas venir et cela n’a aucun effet sur la qualité de la santé ». Bien que le médecin ait essayé de lever les doutes, expliquer l’importance de la contraception, elles sont nombreuses, les femmes à craindre qu’elles tomberaient malades en adoptant cette méthode.

Regard de religieux

L’autre grief porté contre les méthodes contraceptives est d’ordre moral ou religieux. « L’Eglise dit non aux préservatifs et aux différentes méthodes que nous connaissons parce que pour elle, l’acte sexuel est un acte réservé aux couples, donc on ne peut pas interférer dans ces actes qui concernent les deux parties. L’acte sexuel est un acte que Dieu a voulu en vue de la procréation, et ainsi il n’est pas possible d’avoir une autre personne ou un autre élément qui interagisse au sein de ce mécanisme de rencontre qui est exclusivement la part des conjoints », explique le prêtre Emmanuel Mawussi, également membre de Human Life International.

Et d’ajouter : « Et ainsi, il n’y a pas possibilité d’admettre les méthodes contraceptives et tout ce qui pourrait bloquer le mécanisme convenablement comme Dieu le veut. L’acte sexuel est un acte sacré puisque la vie en soi est sacrée. L’Eglise après avoir étudié profondément la question des préservatifs, a montré clairement au monde que les préservatifs sont des solutions limitées. Dans le document de l’Eglise qui a été introduit par le groupe Human Life International intitulé The Case against condoms, traduit en français Les préservatifs en procès, il a été démontré clairement que les préservatifs portent des petits trous qui se mesurent par microns mais qui sont suffisamment larges pour laisser passer des fois des spermatozoïdes et même d’autres maladies comme les virus du VIH/Sida . Pour l’Eglise et les experts, introduire les préservatifs comme solution, c’est se leurrer. Ils peuvent certes réduire le risque, mais ne l’annulent pas ». L’Eglise s’inscrit donc dans une posture radicale sur ce sujet de société aux enjeux importants.

Formé également dans le domaine de la bioéthique, le père Emmanuel Mawussi éclaire une fois de plus sur les pilules. « Quant aux pilules, il faut dire que certaines sont carrément abortives. Il faut bien expliquer l’utilisation et les conséquences. Les gens achètent les pilules comme les Norlevo ou la pilule du lendemain, croyant se mettre à l’abri d’une grossesse éventuelle. Cependant, ces pilules sont abortives, c’est-à-dire qu’elles n’annulent pas les risques de tomber enceinte, mais peuvent laisser passer la nidation, la grossesse avant de laisser couler cette grossesse. Dans ce cas, on se retrouve dans le même drame de l’avortement. Pour parler de la ligature des trompes aussi, sachez ceci : on ne peut pas se foutre de Dieu. L’Eternel qui est auteur de tout a créé l’homme comme tel. Si on se permet de jouer avec les organes, on risque de payer le prix fort parce que justement quand on aura bien envie d’avoir des enfants, eh bien nos organismes pourraient nous jouer de sales tours. On ne peut pas jouer avec des organes, c’est ce qu’on appelle la permissivité morale. Le Pape Jean Paul 2 le dit clairement qu’il n’est pas permis de faire le mal pour qu’il en découle du bien. On ne peut pas manipuler les organes humains pour arriver à des fins heureuses comme on l’aurait voulu », a-t-il expliqué.

La contraception et l’éthicien

L’éthique pour sa part pense plutôt le sujet par rapport à l’évolution de l’homme dans la société. Komi Kouvo, maître de conférences en philosophie aux Universités du Togo, souligne que « L’éthique étant une réflexion philosophique théorique, son objectif est d’interroger, d’examiner les questions, les théories, les opinions et de faire réfléchir. Il n’y a pas une position tranchée en éthique, mais elle amène à une réflexion. Dans cette perspective, nous pouvons dire que ce problème de contraception qui se pose aujourd’hui doit être examiné sous l’angle de la modernité car nous sommes dans une société pluraliste fondée sur l’autonomie et la liberté de l’individu ».
Selon l’universitaire, « ce n’est plus la société qui impose les normes à l’individu, mais plutôt l’individu qui réclame son autonomie et veut être libre et se voit la source, le fondement de toute décision, donc le sujet se voit auteur clé de décision sur sa question de sexualité et de procréation. Il revendique le droit de décider de ce qu’il doit faire de sa sexualité, de sa vie ; donc dans cette perspective de revendication de liberté, les normes traditionnelles s’écroulent. La contraception, c’est d’abord un problème de liberté de l’individu ».

M. Komi Kouvo va loin et précise qu’ « il faut que l’individu, au nom de ses convictions, de la réalité, prenne une décision conséquente. Dans un contexte de pauvreté, il n’est pas raisonnable, et c’est d’ailleurs irresponsable que les parents aillent au-delà de trois ou quatre enfants ». Une sorte de conseil aux antipodes de ce que pense l’Eglise catholique.

Poids démographique

La croissance démographique est perçue comme une cause fondamentale de la misère, d’où une solution idoine pour une proportionnalité entre le pouvoir de reproduction de l’espèce humaine et la capacité de production de moyens de subsistance. Les méthodes contraceptives considérées comme solution adéquate marquant les plus importantes innovations du 20e siècle tirent leur essence de là. Une position très prisée par l’économiste britannique Thomas Robert Malthus.

Vu aussi la complexité de la réalité, surtout dans les couples séro-discordants, il y a alors urgence de réflexion à travers une éthique appliquée pour des solutions raisonnables à proposer à l’individu dans l’immédiat qui ne remettent pas aussi en question les valeurs. Ainsi est-il proposé en cas extrême des accompagnements. « Toutefois, l’Eglise est experte en humanité et lorsqu’on l’affirme, ce n’est pas simplement des mots, c’est une réalité concrète. Avant qu’elle ne se prononce sur une situation donnée, elle prend soin de consulter les experts en la matière, dans le domaine donné. Dans le cas-ci, elle a une politique qui veut prendre en compte toutes ces personnes qui sont en situation. Nous appelons cela dans le code droit canonique la casuistique, qui veut dire l’étude de cas par cas. L’exception confirme la règle, mais ne peut pas remplacer la règle. Mais malheureusement, le monde parle en général des conditions, énonce des extrêmes pour plonger les gens dans le chaos », rappelle le prélat.
Sous divers prismes, la notion de responsabilité de l’homme est centrale. Aussi bien la science, la morale et l’éthique mettent un accent particulier là-dessus. C’est la preuve que dans toute situation, le libre arbitre reste déterminant. Mais avec ses conséquences


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